vendredi 8 février 2008

Une citation du bouquin de Zizek, le Désert du réel.

Un acte n'est compréhensible qu'en tant qu'il convoque l'éternité dans le temps. [...] La situation est toujours trop complexe; il y a toujours d'autres aspects à prendre en compte; la balance entre le pour et le contre n'en finit jamais... A l'opposé, le passage à l'acte implique un geste d'une simplification radicale et violente, une coupure comparable à celle du noeud gordien proverbial: le moment magique où la cogitation infinie se cristallise dans un simple "oui" ou "non".

Deux citations de Pourfendeur de nuages de Russel Banks

Tout ce dont tu n'as pas le courage, fais-le.



De l'action, de l'action, de l'action, assez de parlottes, de parlottes, de parlottes.

Citation d'Albert Cossery

« Dans le monde où nous vivons, traiter quelqu’un de fou est une absurdité. »

Extraits du Pourfendeur de Nuages de Russel Banks

"Le confort et la sécurité qui nous ont été accordés à nous qui ne méritons rien. Qui ne méritons certes ni le confort ni la sécurité, mais qui ne méritons pas non plus la gêne ou le danger. Comprenez-moi: on nous les accordés alors que nous ne méritons rien! Pas même d'exister."

Sur le combat, voire la guerre:

"Premièrement, chaque soldat doit croire qu'il est engagé dans un combat où lui et ses camarades ont moralement raison et où leurs adversaires ont moralement tort. Il n'y a pas de moyen terme. Pas de place pour le moindre compromis. Il ne peut s'agir d'une dispute sur un territoire. Ce sont des principes de base, qui sont en jeu, pas de simples frontières. Et deuxièmement, il doit croire qu'il se bat pour sa vie et pour celle de ceux qu'il aime. De sorte qu'il se bat pour sa vie et pour celle de ceux qu'il aime. De sorte que la seule issue pour lui, s'il ne participe pas à cette terrible guerre, c'est sa mort et celle de ceux qu'il aime. "


« D’emblée, dès le premier jour, nous publierons une déclaration d’intention dans laquelle nous montrerions que nous sommes prêts à négocier la paix sur la base stricte de la fin de l’esclavage. Nous affirmerions on ne peut plus clairement que nous n’avons pas d’autre but que de mettre un terme à l’esclavage. Une guerre menée sans but précis ne peut jamais être gagnée. Ne l’oubliez pas, monsieur Douglass. J’ai appris cela en Europe. De même, plus le but est précis, moins on a besoin de soldats pour la gagner. Ca aussi, je l’ai appris là-bas. On doit afficher clairement son objectif et montrer qu’on accepte de mourir pour l’atteindre. »
« Ils n’agiront pas tant qu’ils ne seront pas menacés dans leur être physique ou dans leurs finances. »
« De tous les animaux sur la planète, nous sommes dans aucun doute le plus méchant, le plus trompeur, le plus meurtrier et le plus vil. Malgré notre Dieu, ou à cause de Lui. Les deux. Notre seul vertu, parfois, semble résider dans le fait que nous sommes aussi cruels et violents les uns envers les autres que nous le sommes à l’égard des autres espèces_ces espèces que nous abattons et dévorons, ou abattons pour le simple plaisir et jetons au rebut, ou abattons uniquement parce qu’il est commode de le faire et dont nous entassons les cadavres. »
"Il s’agissait plutôt d’un pacte informulé, d’un accord tacite entre nous : c’était lui qui nous conduisait au bord du précipice, et c’était moi qui nous le faisais traverser. »
"Qui peut dire quel événement est un accident et lequel ne l’est pas ? Existe-t-il même quelque chose qui soit un véritable accident, un événement sans cause ? Quand on ne croit pas en la volonté divine, tout événement, fâcheux ou heureux, est considéré comme produit par l’histoire ; ou alors on en déclare l’origine mystérieuse ; ou encore, très maladroitement et de façon très branlante, on raisonne à l’envers, de l’effet à la cause-du sentiment de culpabilité, par exemple, on remonte au péché.
[…] Mais si les événements n’obéissent pas aux désirs inconscients d’un homme, s’ils ne découlent pas non plus d’un pur mystère ni de forces historiques profondes et inconnues, que reste-t-il ? »
« Mais ne peut-on estimer rationnellement que la loi de la causalité fonctionne du bas vers le haut autant que du haut vers le bas ? Et s’il existe un ordre dans l’univers, alors toutes nos affaires sur terre sont sûrement et inextricablement liées les unes aux autres. Je crois que l’univers est semblable à un désert, que chaque vie est un grain de sable touchant les trois ou les quatre qui lui sont juxtaposés, et quand un des grains se retourne sous l’action du vent, ou se déplace ou se repositionne ne serait-ce que légèrement, ceux qui le touchent bougent aussi, et à leur tour ils font bouger ceux qui sont contre eux, et ainsi de suite, tout au long du vaste désert et de ses innombrables, ses milliards de grains de sable : jusqu’à ce qu’au bout d’un certain temps une vaste tempête en naisse et modifie la face de la planète. Pourquoi, dans ces conditions, devrais-je m’interdire de croire qu’une seule de mes actions, ou même mon inaction, un jour de ma jeunesse où j’étais dans l’entrepôt de mon père à Springfield, dans les Massachussets, ait pu modifier le cours de l’histoire ? Et que cette action ait contribué à donner forme non seulement à mon destin, mais aussi à celui de Père et de toute ma famille, voire- si on veut bien me pardonner cette vision- à la destinée de tout un peuple ? »

lundi 4 février 2008

Qui veut faire la Révolution?

Qui veut faire la Révolution ? est crié fort, détérminé dans la rue. On entend ça comme le vitrier. Qui veut faire la Révolution ? C’est crié de manière un peu lancinante. Le type qui crie ça marche, il regarde les gens, il est 4 heures de l’apm. Il y a du monde dans les rues. Qui veut faire la Révolution ? Personne ne réagit, certains sourient, d’autres sont mal à l’aise. Qui veut faire la Révolution ? Le type a les bras ouverts, il sourit aux gens, semble enthousiaste. Il regarde les gens et leur fait des signes de tête indiquant de venir auprès de lui. Qui veut faire la Révolution ? Il continue. Sa voix porte loin. Tout d’un coup, une personne, un type bien sur lui, le rejoint et ils sont deux, bras dessus, bras dessous, ils crient : Qui veut faire la Révolution. Ils sont déterminés. Ont les bras ouverts. Qui veut faire la Révolution ? Ils marchent. Ils ne savent pas bien où, ils vont dans des petites rues du onzième. Tout à coup, une troisième personne, saute le pas, c’est aussi une personne qui ne donne pas l’impression de vouloir la Révolution. Il est cinq heures et ils sont trois, un collectif est né. Pour la première fois, le type qui a initié ce chahut s’arrête. Il regarde les deux autres. Il leur dit : Discipline et création pure, Discipline et inventivité, Discipline et enthousiasme. Séparons-nous chacun. Recommençons. Soyons chacun avec deux nouvelles personnes d’ici une heure. Recommençons ainsi jusqu’à dix heures. Et éloignons nous à chaque fois de plus en plus de Paris, trouvons le peuple. Retrouvons nous tous à l’église Saint-Paul à minuit.

Prêtons serment. Et ils jurèrent.

Minuit. L’église Saint-Paul, son parvis est noir de monde. Un million de personnes attendent. L’ambiance est électrique. Il n’y a pas de fauteurs de troubles pas de flics. Les gens ne savent pas quoi faire. Il faut les canaliser.

L’initiateur parle, tout le monde écoute. « Allons détruire TF1 et allons capturer Sarkozy, enfin un troisième groupe prend France deux. Les autres restent ici et créent, inventent.

Allons ».

Et ils y allèrent. A chaque fois, un groupe de 200 000 personnes, en courant. L’ensemble se sépare à Concorde. 500 000 personnes filent vers France deux et TF1. 200 000 personnes filent vers l’Elysée.300000 personnes créent et inventent dans le Marais.

Il est trois heures du matin. TF1 a été prise. C’est en feu. Tous les personnels ont été évacué. France deux est prise. L’initiateur parle depuis une demi heure.

Sarkozy a été capturé, il a été emmené à l’Eglise Saint-Paul. Il n’a pas été maltraité.

L’initiateur parle au monde :

Discipline et création pure. L’Humanité a changé de base. Etre humains, nous sommes en train de faire la Révolution. Faites en de même dans vos pays.

Le monde entier.

Tiré de Récoltes et Semailles de A. Grothendieck.

Ça se passe vers la fin de 1977. Quelques semaines auparavant, j’avais été cité au Tribunal Correctionnel de

Montpellier pour le délit d’avoir "gratuitement hébergé et nourri un étranger en situation irrégulière" (c’est à-

dire, un étranger dont les papiers de séjour en France ne sont pas en règle). C’est à l’occasion de cette

citation que j’apprenais l’existence de ce paragraphe incroyable de l’ordonnance de 1945 régissant le statut

des étrangers en France, un paragraphe qui interdit à tout français de porter assistance sous quelque forme que

ce soit à un étranger "en situation irrégulière". Cette loi, qui n’avait pas son analogue même en Allemagne

hitlérienne à l’égard des juifs, n’avait apparemment jamais été appliquée dans son sens littéral. Par un "hasard"

très étrange, j’ai eu l’honneur d’être pris comme le premier cobaye pour une première mise en vigueur de ce

paragraphe unique en son genre.

Affiche